La culture n'est pas un luxe c'est une
               nécessité.,   
                                                                [Gao Xingjian]
La Montagne de l'âme

 

Mercredi 14 mai 2008

Mixité & tolérance, Alham Lemseffer, Rabah, 2007



7h50, soleil rose, matin frais.
Quatre hommes.
T-shirts, pantalons de travail, brodequins, sortent du café, s’engagent pour traverser.
Vient à leur droite une femme en vélo de ville, écharpe marine au travers du visage façon anti-pollution.
Vers elle, les hommes avancent, quelques paroles, mine de courbettes. Et la rousse retire l’écharpe, passe en silence, leur offrant le plus gourmand des sourires !
Quel beau matin !

 

Et à mon tour, de me faire l’éloge de notre héritage 68, et du bien fondé du vivre-ensemble, mixité valeur émancipatrice.

 

Il est pourtant des trains, où l’affluence, l’affolement, la suffocation entraine avec soulagement la ségrégation sexuelle ; nous sommes en Indes.

 

Il est pourtant des piscines, où le respect et la tolérance autorise avec bienveillance la ségrégation sexuelle ; nous sommes en Europe.

 

Mais il est toujours des maisons, où le pouvoir et la religion des mâles obligent la ségrégation sexuelle, au sein du domicile, des étages réservés au travail et maigre loisir des femmes tandis que les autres vont et viennent, bavardent et fument, commandent et ordonnent ; nous sommes au Yémen (et à de nombreuses autres places).



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Lundi 12 mai 2008

Annick de Banville, Le progrès, 1988




            Hommage à la mère
        Hommage à la mère 

 


Par trois fois, vous m’avez fait don de vos écrits.
Et moi, trop ingrate, jamais rencontrée, dérobée, trop peureuse sous votre regard, timorée de la vie.
Vous ai toutefois lu, par politesse sans doute, car en ce temps, je n’ai rien vu d’entre ces lignes.

 

Nous vous avons tous ignorée, trop pressés de vivre, nous,
génération suivante à peine sortie des entrailles des mères.

 

Combien d’autres vous avaient-ils abandonnée ?
Pourquoi seule vouloir contenir ce mal démesuré ?
Vous avait-on dépossédée, de quelques amours ?

Pourquoi.
Pourquoi cet infini chagrin, vous étiez si grande.

 

 

Je vous connais maintenant,

car en vos mots tout est consigné, éternellement.

 

        Merci Madame.




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Dimanche 11 mai 2008

Diary n°5/282, Tina Berning, 2008



      III - REGARDS


Le paysage s’efface

Les noms des gares ne sont pas repeints

Les ombres d’enfance

une à une s’estompent

sous les buissons

 

Tout ce qui fut beau, verdoyant,

lentement

bascule….

 

Le regard devient impitoyable

n’impose sa blessure qu’au-dedans.

 

La beauté subsiste ailleurs

Le paysage demeure entier

pour qui le voit d’un regard neuf

 

 

Les noms des gares…

 

Quelle importance ? – si le train ne

s’arrête pas !

 

Annick de Banville

Dix sept poèmes du chagrin, Librairie La coïncidence, Paris, 1988

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Jeudi 8 mai 2008
 

Gateway, Ex Snia Textile Factory, Drugo's Photostream, Varedo, 2006



         Il faudra bien se décider, prendre conscience, prendre les choses en main, prendre le taureau, les cornes, les couilles. L’échéance se présentera, si tôt.

 

La faute au mois de mai qui me corrompt, le « power flower » s’exerce à l’autoritarisme. « Sous les pavés la plage », et je m’immerge chaque jour dans le bain brûlant du soleil, je m’endors dans le crédo du « Vivre sans contrainte », me pare de gris pour faire illusion, la palette des couleurs sous les barricades du conventionnel, à fleur de l’âme, prête à éclater, lâcher les tonalités vives, faire des taches, des splashs, des éclats, des rires, des pirouettes, des bulles, du rentre-dedans, des extravagances….

 

         Nous voulons des lendemains qui changent, 
                                    pas de massue laborieuse !

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Mardi 6 mai 2008

Villa Savoye, Le Corbusier, Poissy, 1931


J’ai rêvé la blogosphère bel et bien réelle.

 

Chaque blog une habitation, une boutique où l’on peut s’inviter et s’attarder à souhait. Toute rencontre avec un blognaute de chair et de sang, au profil bien palpable, engendre un échange intellectuel éclairé ; d’ailleurs l’ensemble des bloggeurs n’est-il pas toujours avenant, poli, empressé ?

 

A l’instar du virtuel, ce monde est parfaitement beau, modéré, aseptisé, chacun faisant effort d’esthétisme, de recherche, d’humour, de petits arrangements pour rendre tout admis, les débauches de sexe et les méchants coups de gueule…

 

Il y a de la violence, c’est certain, mais canalisée, ou simplement tolérée - enseignements à la Candide-, parce qu’au fond, exprimer sa violence sur la toile est chose humaine.

 

… Lorsque j’entre dans le blog-aimé, elle vient me prendre par la main et nous dansons d’un même pas, un enchainement savant, effréné, sur une musique elle-même déchainée d’un nouveau genre.

Son habitacle est stylé, villa albâtre des années hippies, une caverne très plastique avec des alcôves murales remplis d’objets d’art sacralisés, sources du syndrome de Stendhal.


Les commentaires sont tous présents, assis, bien en rang le long des murs, certains sont installés à même le parquet, au beau milieu des articles ; quelques uns nous sont connus « - Tiens t’es là ! Salut ! »


Nous côtoyons les blogs collectifs de jeunes européens dans lesquels on entend résonner le dub qui remonte des profondeurs des archives… On y fait toujours de sympathiques rencontres, juste à l’entrée, au premier poste, le reste de l’écriture au-delà des murs étant d’un univers trop hermétique.


Oh, cette fille, grande, belle si vivante ! Nous nous aimions d’un pur amour, platonique, à ce que je sache, mais absolu !

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Jeudi 1 mai 2008

Spring, Tamara de Lempicka, 1928



J’ai deux amies,

   nous adorons les cacahuètes au wasabi,
   les p’tits dèj. au p’tit matin, débrouiller les p’tits soucis, 
   les p’tits secrets, les p’tits cadeaux, les grands projets, les
   théories et les conneries, les amours de notre vie, les longues
   soirées pour rigoler.

 

 

Blonde,

Pecorino Siciliano & Café expresso

nous échangeons le vague à l’âme

 

Brune,

Framboise Chocolat & Wulong tea

nous tarissons la faim spirituelle



      Voici le délicieux rafraichissement poétique 
                                  que l'une d'elles vient de m’offrir :


           Ode à l’Amie

 

          Toi qui n’aime pas les poèmes creux

          Sans verve et sans matière.

 

          Voici une ode à ton intention,

          Entière, profonde et sincère.

 

          Toi l’Amie, gourmande de subtiles bagatelles,

          De mets succulents

          Tu nourris ma pensée.

 

          Toi qui me donne envie de me cultiver,

          Qui m’offre des traversées urbaines,

          Comblant mes lacunes culturelles.

 

          Merci à toi l’Amie,

          Muse des mes divagations nébuleuses,

          Caviar de mes liaisons fraternelles.

 

          Avec toi je découvre mon tréfonds désir d’indiscrétion,

          Les espaces inconnus de mes élans singuliers,

          Je sonde mes pensées profondes

          Hôtes de mon sanctuaire littéraire.

 

          Tu me pousses à aller au-delà de ma banale érudition,

          Loin d’être un ersatz, une pâle imitation,

          Tu es l’âme, l’instigatrice de ma quête intellectuelle,

          Demeure pour l’éternité mon élégante attache privilégiée !

              S.

 

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Lundi 28 avril 2008

La tête de veau, Christoff Debusschere, 1999




Tôt le matin partir, avec à la place de sa face, une belle tête de veau morne, livide, boursoufflée.

Intérieur, extérieur, tout compris.

Traverser une journée de pluie qui combine avec ennui, décor rouille et moisissure, ambiance gélatine ; s’engluer doucereusement sans résistance ni précipitation, endosser les rendez-vous loupés, affronter les rencontres tête baissée, façon « animal à la traque », et attendre que tout cela cesse, sans cri, sans lamentation, dans l’impuissance du bétail qui subit.


Une journée Houellebecquienne,

même pas assez sordide, à chier.



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Dimanche 27 avril 2008

Souffle, réalisation et scénario de Kim Ki-Duk. Compétition Cannes 2007
Avec : Ji-a Park (Yeon), Chang Chen (Jang Jin), Jung-woo Ha (le mari)
et Kim Ki-duk (le directeur de la prison)





           Le film qui coupe le souffle

La jalousie est explorée dans ses extrèmes et conduite dans un contexte absolu, une réalité brute, hors normes.
Le souffle entrave inexorablement la vie à la mort.
C'est la passion qui souffle le sens.
L'ultime larme coule et nous bouleverse.




                 EN EXCLU LULU !

                            le 15ème film de KKD :
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Mardi 22 avril 2008

Crashing waves, Dougal Wilson, pour Big Yellow Storage, 2007



        Activité principale du jour, 
                  avec moins de diligence, cependant...


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Lundi 21 avril 2008

Le massacre des innocents (détail), Nicolas Poussin, 1627
Paris, Petit Palais, Musée Beaux-arts Ville de Paris


      De douleur, la femme se frappe le sein 
et s’arrache les cheveux devant 
                      la mort de son enfant.

 

Hier encore, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

Il y a 10 ans, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

Il y a 100 ans, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

Il y a 1000 ans, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

Il y a 2000 ans, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

Il y a 3000 ans, la femme se frappait le sein et s’arrachait les cheveux devant la mort de son enfant.

 

Ce qui relie les hommes de l’antiquité primaire à notre société high-tech, c’est la souffrance qu’ils éprouvent, à l’identique, devant la mort de leurs aimés.

Vivons-nous dans un monde si novateur ?




La Fuite en Egypte

de Nicolas Poussin (1594-1665)

Le musée des Beaux-arts de Lyon organise, pour l'arrivée du tableau dans ses collections, une exposition exceptionnelle construite autour de cette pièce majeure de la peinture du XVIIe siècle. Dix tableaux de Nicolas Poussin, provenant des plus grands musées européens y sont présentés.



        Nous avons tant aimé ce bleu virginal lumineux et les belles sandales de la fuite....


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